L’Institut du radium et l’émergence de la technologie nucléaire en Chine

La découverte du radium par Marie et Pierre Curie (1898) constitue un tournant majeur de l’histoire des sciences. Portée par l’Académie des sciences et l’Institut Pasteur, la création de l’Institut du radium au début des années 1910 répond à une ambition institutionnelle nouvelle : réunir, au sein d’un même centre, des recherches de pointe en physique, chimie et biologie, et organiser la formation par la recherche dans un domaine en rapide expansion, la radioactivité.

 Cette conférence propose d’analyser l’Institut du radium comme plateforme internationale de circulation des savoirs et comme lieu de formation ayant contribué, par des trajectoires individuelles et des réseaux scientifiques, à l’émergence de la technologie nucléaire en Chine au lendemain de 1949. Elle mettra l’accent sur la manière dont des étudiants chinois, engagés dans un effort de rattrapage scientifique, ont investi cet institut comme un centre de référence — à la fois laboratoire, école et espace de sociabilités savantes.

LI Yunyi est docteur en histoire de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur associé à l’Institut d’histoire des sciences naturelles de l’Académie chinoise des sciences. Ses travaux portent sur l’histoire des sciences et des technologies en France et sur l’histoire des relations sino-françaises, avec une attention particulière aux formes de coopération, aux divergences et aux dialogues scientifiques et diplomatiques durant la guerre froide, ainsi qu’aux dynamiques d’innovation et d’institutionnalisation dans les secteurs technologiques de pointe. Il a publié plus d’une dizaine d’articles en chinois, en français et en anglais. Il est également le traducteur de Histoire des sciences et des savoirs (dir. Dominique Pestre), traduction sélectionnée pour le 16e prix Fu Lei (Traduction et édition).

Les jardins de Suzhou : imiter la nature, cultiver le retrait

Les jardins de Suzhou constituent l’une des expressions les plus abouties de l’art du jardinage chinois. Leur esthétique se laisse résumer par une formule souvent citée : « Bien que tout ceci ne soit qu’une création humaine, elle peut paraître œuvre du Ciel », qui souligne l’ambition de produire, par des moyens artificiels, une impression de naturel et d’évidence. Cette conférence proposera une lecture croisée de deux sites emblématiques — le Jardin de la Forêt du Lion (Shizilin) et le Jardin du Maître des filets (Wangshiyuan) — afin de montrer comment la composition des rochers, l’agencement des parcours, le jeu des cadrages et des « vues empruntées » construisent à la fois une « nature en miniature » et un espace mental de retrait. Au-delà des dispositifs paysagers, il s’agira d’éclairer l’arrière-plan existentiel de ces jardins : l’idéal lettré d’ermitage, de détachement et de dépassement des affaires du monde. Enfin, l’histoire sociale de ces lieux — notamment à travers des trajectoires familiales et intellectuelles associées à ces jardins — permettra d’esquisser des résonances avec la France, de manière à ouvrir un dialogue sensible avec le public français.

Titulaire d’un DESS en commerce international (Université Paris XII) et docteur en littérature française (Université de Nankin), M. LU Xun est professeur de langue et littérature françaises et vice-doyen de la Faculté des Langues étrangères à l’Université de Soochow. Il a contribué de manière décisive au développement des études françaises dans son université, notamment par la mise en place des formations de master et de doctorat, ainsi que par l’établissement de coopérations avec plusieurs universités françaises (Université Grenoble Alpes, Université de La Rochelle, Université Jean Monnet Saint-Étienne). En 2018, à la suite de la publication de la méthode audiovisuelle Nouvelle France, il a reçu une lettre de félicitations de M. Jean-Maurice Ripert, alors ambassadeur de France en Chine, saluant son engagement pour le rayonnement de la langue française. Chercheur et traducteur, spécialiste de Jean Giono, il a publié deux ouvrages sur cet auteur et a traduit de nombreuses œuvres majeures de la littérature et des sciences humaines françaises, dont Jacques Rancière, Olivier Adam, Adrien Bosc, Albert Camus, Antoine de Saint-Exupéry, Katia Astafieff et Annie Cohen-Solal.

Sinologues, interprètes et lettrés : le Consulat de France à Shanghai en quête d’autonomie (1848-1900)

Le Général Jacques Guillermaz (1911-1998) fut un personnage hors norme : officier-diplomate devenu historien, sinologue reAu XIXᵉ siècle, le Consulat de France à Shanghai et la Légation française en Chine forment deux pôles essentiels, et souvent concurrents, de la diplomatie française dans l’Empire Qing. Cette conférence reviendra sur les tensions durables entre ces deux institutions, notamment autour des questions d’autorité, de recrutement et de formation des interprètes et agents auxiliaires.
En s’appuyant sur le fonctionnement concret du service linguistique du Consulat de Shanghai, on verra comment celui-ci a progressivement développé une autonomie marquée, en s’entourant de sinophones locaux (Chinois, Français ou Britanniques) parfois au détriment des interprètes officiellement formés à Pékin. Cette dynamique contribua à structurer un véritable réseau diplomatique centré sur Shanghai et à fragiliser l’autorité de la Légation, tout en façonnant les débuts de carrière de plusieurs futurs diplomates français en Chine.

Gong Zhang est docteur en histoire (EHESS) et ATER à l’Université Paris Cité. Chercheur associé au CECMC-CCJ, ses travaux portent sur l’histoire des relations franco-chinoises au XIXᵉ siècle, les réseaux diplomatiques et le rôle des interprètes dans la production du savoir sinologique. Sa thèse, soutenue en 2024, analyse les réseaux sinophiles du Quai d’Orsay et leur influence dans la politique française en Chine.

Jacques Guillermaz, pionnier de la Chine contemporaine

Le Général Jacques Guillermaz (1911-1998) fut un personnage hors norme : officier-diplomate devenu historien, sinologue respecté jusque chez les plus antimilitaristes de la discipline, et témoin privilégié de l’évolution de la Chine au XXe siècle. De la « décennie de Nankin » à la Chine de Deng Xiaoping, il ne se contenta pas d’observer le pays : il en fut également acteur Il a proposé une lecture d’une rare objectivité, mêlant rigueur, distance critique et connaissance du terrain. Mentor d’Henri Eyraud, autre officier-sinologue qui sera évoqué lors de la conférence, il laisse une œuvre qui demeure une référence pour comprendre la Chine contemporaine.

Loic Frouart a une carrière d’officier (dans l’infanterie et la Légion Etrangère) et de diplomate spécialisé dans les affaires asiatiques (en particulier Chine et Asie du nord-est). Il a rejoint le secteur privé en 2012 et il est depuis 2015 directeur sûreté Asie-Pacifique pour Sanofi. En Asie depuis un peu plus de 20 ans, il a vécu en Corée, en Chine, à Singapour et il est désormais basé au Japon.

C’est quoi une concession

Devenez incollable sur le sujet ! Cette conférence présentera de façon claire et accessible ce que furent les ports ouverts et les concessions en Chine, en expliquant leur origine, leur fonctionnement, leur évolution et leur fin.

David Maurizot est président de la Société d’Histoire des Français de Chine depuis 2018. Diplômé de Sciences Po Aix et de l’EM Lyon, sinophone, il vit en Chine depuis plus de vingt ans. Ses recherches portent principalement sur les lieux de mémoire français en Chine.Zhang Wenjie est maîtresse de conférences à l’Institut franco-chinois de l’Université Renmin de Chine. Elle est également membre de l’Institut de Recherche Intersite d’Études Culturelles (IRIEC) de l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Ses recherches portent principalement sur l’histoire intellectuelle de la Chine impériale.

Histoire de la pensée économique chinoise

Le rapport à l’économie que l’on découvre en Chine, si particulier, ne date pas d’hier. Il est l’héritier de l’une des plus anciennes traditions de pensée économique au monde, qui s’est enrichie au fil des dynasties en abordant toutes les grandes questions de la vie collective. Cette conférence vous invite à explorer cette histoire intellectuelle foisonnante.

Zhang Wenjie est maîtresse de conférences à l’Institut franco-chinois de l’Université Renmin de Chine. Elle est également membre de l’Institut de Recherche Intersite d’Études Culturelles (IRIEC) de l’Université de Montpellier Paul-Valéry. Ses recherches portent principalement sur l’histoire intellectuelle de la Chine impériale.

Alexandre Reichart est enseignant-chercheur à l’Institut franco-chinois de l’Université Renmin de Chine, sur le campus de Suzhou. Il est également chercheur associé au sein du laboratoire PHARE de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses recherches portent sur l’Histoire économique et l’Histoire de la pensée économique.

Charles de Constant à Canton et Macao – un négociant européen face aux mondes chinois au XVIIIe siècle

Le Suisse Charles de Constant (1756-1835) a séjourné à Canton et Macao entre 1779 et 1793 en tant que jeune négociant. Durant ces années décisives de son apprentissage, il a rédigé un ensemble de notes et de lettres, décrivant ses expériences du monde chinois et ses réflexions sur les arts, les savoirs et les échanges intellectuels. Cette conférence présentera ses observations et leurs significations, tout en les replaçant dans le contexte plus large des circulations culturelles et politiques entre l’Europe des Lumières et la Chine de la fin du XVIIIᵉ siècle.

Docteur en histoire de Sciences Po Paris, Chong Xu enseigne actuellement à l’Université de Soochow. Ses recherches et son enseignement s’articulent principalement autour de deux axes : l’histoire comparée des empires et l’histoire urbaine globale. Ses travaux en cours portent sur l’administration de l’ordre public dans la Concession française de Shanghai ainsi que sur les représentations des villes du Jiangnan dans les sources étrangères des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Les Centraliens en Chine, 1850-1950

La Chine des XIXe et XXe siècles, en pleine transformation, a vu arriver un groupe d’ingénieurs français déterminants : les Centraliens. De Shanghai à Pékin, en passant par le Yunnan, ces pionniers ont joué un rôle clé dans le développement des infrastructures, du commerce et de l’enseignement. Leur influence, peu connue du grand public, a façonné certains des plus grands projets de la Chine moderne.
Dès 1850, les ingénieurs de l’École centrale des arts et manufactures, fondée par Alphonse Lavallée, sont venus contribuer à l’émergence de la Chine industrielle. Ces « Centraliens » n’étaient pas seulement des techniciens, mais aussi les bâtisseurs d’un pont entre la France et la Chine.

Philippe Fourneraut est ingénieur centralien. Après son service national auprès du Consulat général de France à Shanghai où il crée le poste d’attaché de coopération scientifique, il commence une carrière alternant postes parisiens et séjours à Shanghai, Pékin et Hong Kong. Il est établi en Chine depuis 2013. Depuis le centenaire du « petit train du Yunnan » en 2009, il rassemble des informations sur les aventures des Centraliens en Chine. Il a ainsi publié plusieurs articles biographiques sur certains d’entre eux, rediffusés sur le site de la SHFC.

Stéphanie Rosen-Hoa, une écrivaine francophone dans la Chine des années 20

Auteure d’un livre qui fut un succès de librairie dans la Chine des années 20, l’écrivaine Stéphanie Rosen-Hoa, alias Horose, est un personnage passionnant. D’origine polonaise, francophone, mariée à l’un des premiers étudiants chinois formés en France, elle vécut en Chine de nombreuses années, fondant l’une des premières familles franco-chinoises modernes. Personnalité liée aux grands écrivains chinois de l’époque, son roman à succès fut adapté au cinéma avec la grande vedette de l’époque, l’actrice Ruan Lingyu. Quasi inconnue en France, son histoire interpelle encore aujourd’hui et mérite d’être entendue.

Habitant Shanghai depuis 21 ans, Hugues Martin est passionné par l’histoire de la ville. Il possède une collection d’artefacts portant sur le Shanghai des années 1920 et 1930 de plus de 500 pièces et rédige le blog www.shanghailander.net centré sur ce sujet. Spécialiste depuis 20 ans de la gestion de patrimoine pour les Français expatriés en Asie, il est l’un des partenaires fondateurs du cabinet EXPATRIMO .

Les artistes chinois et la France : une histoire sans fin

« En peu d’années, les jeunes artistes chinois ont eu connaissance de l’ensemble des œuvres européennes. Ils sont, en quelque sorte, en possession de deux passés, le leur et le nôtre… ». C’est ainsi que Paul Valéry évoquait en 1933 le résultat du séjour des artistes chinois en France. De fait, plusieurs générations de peintres et de sculpteurs chinois, hommes et femmes, sont venues se former à Paris, à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts et dans les académies libres de Montparnasse, avant de revenir en Chine mettre en œuvre un programme artistique et éducatif inédit. Quelles furent les raisons de cet élan ? Quelles en furent les conséquences ? À travers les arts, la Chine et la France ont tissé au XXe siècle des liens profonds qui perdurent aujourd’hui.

Philippe Cinquini enseigne l’histoire de l’art et la civilisation française à l’Université des études internationales de Shanghai (上海外国语大学——SISU). Ses recherches portent sur les relations franco-chinoises au XXe siècle à travers l’histoire des enseignements artistiques. Il travaille particulièrement sur les Beaux-Arts de Paris et les Chinois qui y furent élèves. Il a organisé plusieurs expositions au Musée national de Chine et au Musée de Shanghai.